Dimanche de Rameaux B LA, le 1 avril 2012

posted Apr 2, 2012, 2:02 PM by German Sanchez   [ updated Apr 3, 2012, 12:27 AM ]

Dimanche de Rameaux

Année Liturgique B

Los Angeles, le 1 avril 2012

Bénédiction des Rameaux St Luc 19,28-40

-1ère lecture : du Livre di Isaie 50,4-7

Psaume:Ps 21(22) 8-9,17-18,19-20,23-24

2ème lecture : lettre de Paul aux Philippiens 2,6-11

Evangile:selon St Luc 22,14-23,56

 

Aujourd’hui l’homélie sera faite par Fr Emmanuel de la communauté de Taizé.

Frère Emmanuel est avec nous depuis mercredi dernier et jusqu’à mardi prochain. Merci Emmanuel d’avoir accepté de partager avec nous ta foi et ton bonheur d’avoir consacré ta vie au Seigneur.

Bonne Semaine Sainte à tous

Amen

P Germán

Le Père Germain m'a gentiment invité à commenter l'entrée de Jésus à Jérusalem et sa passion, tout en partageant avec vous ma recherche personnelle sur les représentations spontanées de Dieu et leur influence sur une relation d'amour avec Dieu.

 

Or il se trouve que l'entrée de Jésus à Jérusalem et sa passion nous révèlent que la beauté de l'amour de Dieu est bien plus grande que nous ne le percevons sous l'influence de nos conditionnements psychologiques, culturels et théologiques.

 

L'humble entrée de Jésus à Jérusalem nous révèle que la grandeur de Dieu n'est pas celle que nous risquons de nous représenter spontanément.

Notre représentation spontanée de la grandeur divine provient souvent du transfert sur Dieu d’attributs liés à ce que l’être humain assimile à un état de grandeur ici-bas, à savoir une grandeur hiérarchique, mondaine, royale…

 Cependant la foi chrétienne se réfère à un Dieu d’amour et elle n’évoque donc pas n’importe quelle grandeur divine, mais la grandeur d’un amour divin.

Or qu’est-ce qui caractériserait le mieux la grandeur d’un amour, si ce n’est la qualité de l’amour offert à l’être aimé ?

L'entrée du Christ à Jérusalem et surtout le don de sa vie sur la croix nous révèlent la véritable grandeur de l’amour divin, selon sa parole : « Il n’est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15,13).

Oui, la véritable grandeur d’un être se révèle dans la qualité de son amour. Croire en un Dieu d’amour, c’est être appelé à convertir en permanence la représentation d’une grandeur divine lointaine et imposante en une grandeur divine synonyme d’un amour de qualité qui ne cesse de se révéler toujours plus grand. 

 L'entrée du Christ à Jérusalem et sa passion nous invitent aussi à méditer les paroles les plus essentielles qu'il nous aura laissées pendant son ministère. Or rien n’était plus important à ses yeux que cet appel : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit » (Mt 22,37). Réalisons-nous assez que la toute première demande que Dieu nous adresse, ce n’est pas d’accomplir telle œuvre particulière et encore moins de suivre tel moralisme étroit, mais c’est de l’aimer, lui, Dieu, et de l’aimer de tout notre être ?

Cette demande révèle le cœur d’un Dieu qui désire ardemment être aimé, et être aimé non pas d’un amour banal et ennuyeux mais d’un amour total et passionné – « de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit ».

Toute demande sincère d’être aimé a quelque chose de bouleversant. Et cette demande de la part de Dieu vient bouleverser notre manière de nous représenter cette mystérieuse Présence divine à nos côtés et notre manière de l'aimer ; un peu à l’image d’un homme qui, en découvrant avec émerveillement l’attente de la femme qu’il aime, souhaite plus que jamais lui offrir un amour de qualité.

Le chrétien est ainsi invité à entrer dès maintenant dans un échange d’amour divino-humain et à le vivre le plus intensément possible avec sa sensibilité, son affectivité, son identité sexuée et sa manière d'aimer telles qu'elles sont.

La passion du Christ nous révèle aussi qu'il n'y a pas de contradiction entre l'existence d'un Dieu d'amour et l'existence du mal, car la toute-puissance de Dieu n'est pas ce que nous nous représentons spontanément.

Il importe de savoir que la foi chrétienne, en se référant à un Dieu d’amour, n’évoque pas n’importe quelle toute-puissance divine, mais la toute-puissance d’un amour divin ; c’est-à-dire une toute-puissance qui ne peut être définie qu’à partir des caractéristiques propres au mystère de l’amour.

Or l’une des caractéristiques de l’amour consiste à respecter la liberté de l’être aimé. En effet, celui qui aime ne pourrait pas obliger l’être aimé à accueillir son amour, quitte à souffrir profondément d’un éventuel refus.

Un Dieu d’amour ne pourrait donc pas obliger l’être humain à accueillir son amour ou à aimer ses semblables, quitte à souffrir profondément d’un éventuel refus.

Le fait que l’être humain puisse librement refuser d’aimer, et donc puisse librement commettre le mal, (par exemple, crucifier le Christ) n’exclut pas l’existence d’un Dieu d’amour; au contraire, la possibilité de commettre le mal est le seul scénario compatible avec l’existence d’un Dieu d’amour !

Le vrai visage de la toute-puissance de Dieu s’est révélé dans la passion du Christ, lorsque celui-ci, même rejeté, a continué à aimer ceux qui le crucifiaient : la toute-puissance de l’amour divin se vérifie dans sa capacité illimitée à aimer malgré tout, car il s’agit d’un amour infini que rien ne peut anéantir ni empêcher d’aimer inlassablement.

Et cela nous révèle aussi la signification la plus profonde du signe de croix que nous faisons si souvent: le symbole de la croix n'a pas été choisi par exaltation de la souffrance mais par exaltation de cet amour sans limites dont personne n’est exclu.

Le signe de croix exprime cette confiance du chrétien que rien ne pourra le séparer – ni lui ni ceux qu’il aime – de cet amour divin : « Oui, j’en ai l’assurance, écrit saint Paul, ni mort ni vie, […] ni présent ni avenir, ni aucune créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus. »

Alors je vous invite tous à faire ce signe de croix tout au long de votre vie en pensant à ces deux bonheurs que nous célébrons tout particulièrement aujourd'hui et le long de cette Semaine Sainte; premièrement en vous disant : "Rien ne pourra me séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus"; puis "Rien ne pourra séparer ceux que j'aime de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus". Amen.

Frère Emmanuel de Taizé
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